Mélanie Lelièvre, EPEI – Facilitatrice pédagogique, CEF

Étalés devant moi, je voyais mon apprentissage, mon vécu et ma croissance en lien avec ma fierté francophone. J’étais bouche bée. Je me suis mise à poser des questions. « Quel était l’élément déclencheur face à ma construction identitaire? », « À quels moments et comment ai-je connu une croissance, sans pour autant y réfléchir? » « Si je ne réfléchis pas à ma croissance, existe-t-elle ou est-ce que je demeure dans un mode d’inconscience? », « Comment puis-je développer de la documentation andragogique dans d’autres domaines de ma croissance? », « Est-ce-que je pourrais appliquer ce concept dans ma vie personnelle? ». Les questions se passaient tellement vite que je n’avais pas le temps d’y répondre.  

À travers toutes les questions que je me posais, je me rendais compte que tout ce que je croyais, toutes les recherches que j’avais faites, toutes les collaborations auxquelles j’avais participé : les effets d’une goutte d’eau, les théories d’apprentissage, l’importance de l’esthétique et de l’intention, eh bien, les preuves qui en témoignaient étaient non seulement devant moi mais aussi elles étaient à mon sujet. J’étais en larmes.

Table recouverte d'une nappe noire et de petits cadres

Encouragée et chargée de positif, je me suis rempli la cervelle en regardant la documentation. J’étais fière de la constance de mes messages, de la diligence démontrée envers mes objectifs, des personnes qui m’ont appuyée lors de mon cheminement et des effets qui allaient au-delà de moi-même. Je me suis donné une gamme de compliments, j’avais chaud au cœur et j’étais humblement fière.

Dans la documentation de mon panneau francophone, j’avais écrit : « Je dois me respecter, m’identifier et m’encadrer afin de nourrir continuellement cet aspect de moi-même ».  

La documentation andragogique de ma collègue m’a confirmé que mes bottines suivaient mes babines. Elle me rend redevable envers mes choix, mon apprentissage et mon introspection. La norme IV du code de déontologie nous dit : « Ce sont des professionnels réfléchis, qui agissent de façon intentionnelle et qui s’investissent dans l’apprentissage professionnel continu. »  La documentation andragogique m’a confirmé que, sans m’en rendre compte, je vis mon professionnalisme, je respecte mes normes professionnelles et je suis leader dans le domaine de la petite enfance.

Lorsque ma collègue a étalé sa documentation andragogique devant moi, c’est à ce moment que j’ai pu concevoir la réalité de la citation de John Dewey : « L’apprentissage ne se fait pas avec l’expérience, c’est plutôt en réfléchissant à notre expérience que nous apprenons. »  

Si nous croyons que la documentation pédagogique rend l’apprentissage des enfants visible, ce qui est une pratique fondée sur des données probantes, pourquoi est-ce que nous donnons moins d’attention à la documentation andragogique qui rend l’apprentissage de l’adulte visible?